Le tennis de compétition moderne ne repose pas uniquement sur la technique. Le joueur doit accélérer, freiner et changer de direction à répétition, produire de la force dans ses frappes et préserver la qualité de ses mouvements malgré la fatigue. La préparation physique n'est donc pas séparée du tennis : elle constitue le système qui permet à la technique de rester efficace sous les contraintes réelles d'un match.
Que montrent les entraîneurs de haut niveau ?
En 2026, Fernandez-Fernandez et ses collègues ont publié la première étude spécifique au tennis décrivant les pratiques contemporaines de préparation physique chez les joueurs de compétition et de haut niveau. L'enquête a réuni 94 préparateurs physiques issus de 19 pays.
- 95,7 % distinguent l'intersaison, la présaison et la saison de compétition.
- 75,5 % décrivent leur planification comme périodisée.
- 98,9 % utilisent des exercices pliométriques.
- 85,1 % de ceux qui utilisent la pliométrie l'appliquent toute l'année.
- 92,6 % utilisent des tests physiques.
- 96,8 % utilisent des technologies de suivi.
- Les technologies les plus courantes sont les cardiofréquencemètres (73,4 %), les applications mobiles (58,5 %) et les dispositifs fondés sur la vitesse d'exécution (54,3 %).
1. La force est la base physique
Le joueur de tennis ne développe pas sa force pour ressembler à un culturiste. L'objectif est de disposer d'une réserve physique suffisante pour accélérer, freiner, se stabiliser et produire de la force de façon répétée.
Les synthèses contemporaines des preuves mettent l'accent sur les exercices de force polyarticulaires et sur la robustesse des membres inférieurs, du tronc et de l'épaule.
- squats et leurs variantes ;
- split squats / fentes ;
- hip hinge et soulevé de terre roumain ;
- mouvements de tirage ;
- mouvements de poussée adaptés ;
- exercices pour les mollets, les cuisses, les hanches et l'aine ;
- contrôle de l'omoplate et travail de la coiffe des rotateurs.
La question la plus importante n'est pas « Combien de kilos puis-je soulever ? », mais « Cette force améliore-t-elle mes mouvements et puis-je l'utiliser rapidement ? »
2. De la force à la puissance
La force maximale représente un potentiel. Le tennis exige cependant d'utiliser ce potentiel dans un délai très court.
FORCE | -> PUISSANCE | -> MOUVEMENT | -> FRAPPE | -> PERFORMANCE |
C'est précisément pourquoi le travail de puissance et la pliométrie sont si répandus. Les sauts, les bonds, les lancers de médecine-ball et les autres mouvements explosifs développent la capacité à produire et à transmettre rapidement la force.
3. La pliométrie est presque universelle
Dans l'étude de 2026, 93 préparateurs physiques sur 94 utilisent des exercices pliométriques. C'est l'un des signaux pratiques les plus forts de toute l'étude.
Le tennis mobilise constamment le cycle étirement-raccourcissement : le système muscle-tendon doit rapidement absorber une force avant de la restituer.
- reprise d'appuis ;
- premier pas ;
- poussée latérale ;
- accélération ;
- freinage et réaccélération ;
- impulsion lors du service.
La pliométrie ne doit pas se transformer en une succession interminable de sauts. La qualité, le contrôle de la réception et un volume adapté sont plus importants que l'accumulation de fatigue.
4. La vitesse au tennis n'est pas un sprint de 100 mètres
Un joueur de tennis atteint rarement sa vitesse linéaire maximale. Il doit plus souvent réagir, effectuer un premier pas explosif, couvrir quelques mètres, freiner et changer de direction.
La préparation physique doit donc inclure :
- des accélérations sur de courtes distances ;
- des déplacements latéraux ;
- des changements de direction ;
- de la décélération et du freinage ;
- des accélérations répétées ;
- une réaction à un stimulus extérieur.
Le freinage est particulièrement important. Une grande vitesse n'a que peu de valeur si le joueur ne peut pas la contrôler et se placer pour la frappe suivante.
5. Le conditionnement doit ressembler au tennis
Le tennis est un sport intermittent : de brèves actions intenses alternent avec de courtes périodes de récupération. La charge physiologique moyenne peut sembler modérée, mais les échanges comportent des pics répétés de haute intensité.
La préparation conditionnelle ne doit donc pas se limiter à une course longue et régulière. Dans la pratique, les formats par intervalles reproduisant le rythme des points, la récupération et les déplacements multidirectionnels sont plus spécifiques.
6. Périodisation : l'entraînement évolue selon la saison
L'une des caractéristiques les plus nettes des pratiques contemporaines est que presque tous les entraîneurs interrogés distinguent plusieurs phases dans la saison.
| Phase | Force / semaine | Endurance / semaine | Objectif principal |
|---|---|---|---|
| Intersaison | 2 (IQR 2-3) | 2 (2-3) | Développer les capacités physiques |
| Présaison | 3 (2-4) | 2 (2-3) | Volume de préparation le plus élevé |
| En saison | 2 (2-3) | 1 (1-2) | Maintien et gestion de la fatigue |
Ces valeurs sont les médianes des pratiques réelles des entraîneurs interrogés, et non une prescription universelle. Le calendrier des tournois, l'âge, l'historique d'entraînement, les blessures et le nombre d'heures passées sur le court doivent déterminer la dose précise.
7. La saison de compétition ne signifie pas « arrêter la musculation »
C'est une conclusion pratique importante. Pendant la période de compétition, le travail de force ne disparaît généralement pas : sa dose est réduite ou adaptée.
Si un joueur supprime complètement les stimuli de force et de puissance pendant une longue période, une partie de ses capacités physiques diminuera progressivement. Un modèle plus raisonnable est :
DÉVELOPPER -> CONVERTIR -> MAINTENIR -> RÉCUPÉRER -> DÉVELOPPER À NOUVEAU
8. Robustesse : la préparation doit aussi aider le corps à résister
La préparation physique poursuit deux objectifs parallèles : la performance et la disponibilité. Un joueur très puissant qui manque régulièrement des entraînements à cause de problèmes à l'épaule, à l'aine, au genou ou au mollet ne possède pas un avantage durable.
Une synthèse narrative contemporaine propose une approche annuelle de force, de puissance et de robustesse, avec une attention particulière portée aux membres inférieurs, au complexe hanche-aine, au tronc et à l'épaule.
9. Testez ce que vous allez utiliser
Dans l'étude, 92,6 % des entraîneurs utilisent des tests physiques. Un test n'a toutefois de valeur que si son résultat modifie une décision d'entraînement.
- détente / puissance explosive ;
- accélération courte ;
- changement de direction ;
- indicateurs de force ;
- capacité de l'épaule / du tronc ;
- endurance spécifique au tennis.
L'objectif n'est pas de créer un immense laboratoire. La synthèse la plus récente recommande une batterie de performance compacte, associée à des indicateurs simples de charge interne et externe.
10. La technologie aide, mais ne remplace pas l'entraîneur
Presque tous les spécialistes interrogés utilisent une forme de technologie. Les cardiofréquencemètres, les applications mobiles et les dispositifs fondés sur la vitesse d'exécution sont les plus répandus.
Davantage de données ne conduit cependant pas automatiquement à une meilleure décision. Un système utile répond à une question simple :
LE JOUEUR EST-IL PRÊT POUR LA CHARGE D'AUJOURD'HUI ?
À quoi pourrait ressembler une semaine pratique ?
L'exemple ci-dessous est un modèle d'organisation, pas un programme universel. Le planning réel doit être adapté aux tournois, au niveau, à l'âge et à la récupération individuelle.
| Jour | Court | Préparation physique | Objectif principal |
|---|---|---|---|
| Lundi | Technique / modéré | Force | Développer la force |
| Mardi | Points intenses | Vitesse + pliométrie | Explosivité |
| Mercredi | Court léger / technique | Mobilité / récupération | Récupération |
| Jeudi | Tactique / points | Force + puissance | Maintenir la puissance |
| Vendredi | Spécifique au match | Changements de direction courts / réaction | Déplacements spécifiques au tennis |
| Samedi | Match / entraînement | Minimal | Performance |
| Dimanche | Repos | Récupération | Adaptation |
Le principe essentiel : la préparation physique doit servir le tennis
Un joueur de tennis n'est ni un powerlifter, ni un sprinteur, ni un athlète d'endurance. Il utilise une partie de toutes ces qualités physiques, mais les combine dans une tâche spécifique.
FORCE -> PUISSANCE -> MOUVEMENT -> HABILETÉ TENNISTIQUE -> PERFORMANCE EN MATCH |
Conclusion
La préparation physique moderne dans le tennis de compétition est bien plus structurée que l'idée de « faire un peu de fitness en complément du tennis ». Les données recueillies auprès de 94 préparateurs physiques montrent une utilisation systématique de la force, de l'endurance, de la pliométrie, de la périodisation, des tests et de la technologie.
Le plus important n'est cependant pas le nombre de méthodes différentes utilisées, mais la manière dont elles sont intégrées.
Un bon programme développe la force, la convertit en puissance, apprend au corps à accélérer et à freiner, préserve la robustesse des articulations et des tissus, et adapte la dose au calendrier des tournois.
Ne vous entraînez pas pour le fitness en lui-même. Développez les qualités physiques dont le tennis a besoin.
Sources scientifiques
Fernandez-Fernandez J, Baiget E, Colomar J, Santos-Rosa FJ, Sanz-Rivas D. Strength and Conditioning Practices in Competitive and High-Performance Tennis: A Survey-Based Investigation. Journal of Strength and Conditioning Research. 2026. DOI: 10.1519/JSC.0000000000005537.
Fernandez-Fernandez J, Colomar J, Baiget E. Strength and Conditioning Practices in Tennis: A Narrative Review of Contemporary Evidence. International Journal of Sports Physiology and Performance. First published online 27 Aug 2026. DOI: 10.1123/ijspp.2026-0148.
Remarque : L'enquête menée auprès de 94 entraîneurs décrit des pratiques réelles et ne prouve pas que chaque pratique courante soit optimale pour chaque joueur. Le programme concret doit être individualisé.